Mon Démon, l’Anxiété


stress

Nous avons tous nos démons intérieurs. Des peurs, des dépendances, des compulsions, des obsessions, des regrets, des peines, et j’en passe. Mon démon à moi, c’est l’anxiété. Nous sommes tous stressés, à un degré ou un autre, mais pour ma part, j’ai élevé l’anxiété à un niveau olympique.

Du plus loin que je me souvienne, j’étais inquiète. Enfant, j’ai vécu avec un méchant loup dans ma garde-robe pendant des années. Je dormais entourée de mes toutous et oreillers comme remparts. L’insomnie faisait déjà partie de ma vie.  Merci au Petit Chaperon Rouge pour le choc post-traumatique! Ensuite, ce furent les maux de ventre pour tout et rien. Examen : mal de ventre. Voyage : mal de ventre. Visite chez le médecin : mal de ventre. J’anticipais déjà des drames improbables.

Adulte, je ne suis pas mieux. Alors que d’autres tombent de sommeil après leur journée exténuante, je commence mon quart de nuit. Angoisse, palpitations, difficultés à respirer, scénarios catastrophes.  Tout y passe. Je dors comme un soldat dans sa tranchée, en constant état de veille. Pourtant, aucune bombe ne risque de me tomber dessus sous peu. Mon petit démon délicatement posé sur mon épaule gauche, à l’opposé de mon petit ange, s’est muté en monstre gigantesque qui me manipule comme un pantin.

Je suis la reine des « j’aurais dû ». Je fais le bilan de ma journée et tout ce qui me vient à l’idée, c’est ce que j’aurais dû dire ou faire dans telle situation. J’aurais dû lui répondre ceci, j’aurais dû faire cela.  J’accroche sur ce qui s’est moins bien passé en oubliant que 90% de ma journée s’est bien déroulée. On m’a fait 5 commentaires positifs et tout ce que je réussis à retenir, c’est cette petite remarque narquoise qu’on m’a lancée.

Je suis aussi la championne des « et si ». Je prévois ma journée du lendemain et les doutes s’emparent de moi. Et si telle personne prenait mal ce que j’ai à lui dire? Et si je dérangeais avec mes questions? Et si mon approche ne fonctionnait pas? Et si je n’arrivais pas à terminer mon dossier dû pour la fin de la journée? Le mal de tête me prend juste à y penser.

Je m’inquiète pour tous ceux qui m’entourent, habituellement de façon exagérée. Je m’en fais pour la planète, le Soudan du Sud,  les enfants maltraités, la situation des femmes dans le monde, le bien-être de mes employés, de mon chum, de ma famille. Je m’en fais tout le temps. Comme si la réalité n’était pas suffisamment stressante, j’imagine des situations encore plus stressantes, qui n’existent pas. On dit que 75% de nos inquiétudes ne servent à rien. Soit parce qu’on ne peut rien faire, soit que la situation est déjà derrière nous, soit que ce qu’on anticipe n’arrive jamais ou qu’on s’aperçoit qu’on est passé à travers mieux que ce qu’on pensait. C’est vrai pour moi aussi. S’inquiéter quand on se retrouve face à un ours, ça a bien du bon sens. Mais s’inquiéter de ce que les autres vont penser, pas mal moins. Et c’est ce que je fais trop souvent. POur que mon demon intérieur prenne tant d’ampleur, il a fallu que je le gave de doutes et d’angoisses.

Ma cassette est usée à force de rejouer la même litanie jour après jour. Et j’en ai marre de l’écouter, cette cassette qui m’hypnotise et m’empêche trop souvent d’avoir du fun sans m’en faire pour un rien. J’envie ceux qui dorment comme des briques et se réveillent frais et dispos le matin, certains qu’ils passeront une bonne journée malgré les pépins. J’en veux à ceux qui disent un bon matin qu’ils ont fait de l’insomnie parce qu’ils se sont endormis à minuit. L’insomnie est un voleur qui revient soir après soir, voler notre sommeil, notre droit au repos et aux rêves douillets. Il nous laisse épuisé et sans énergie, vulnerable au stress. Il est sans pitié et determiné.

Le jour, chaque événement insignificant peut devenir aussi stressant qu’une prestation sur scène. Il faudrait que je « performe » toute la journée, tous les jours. Mon stress permanent fait que j’ai toujours  la noradrénaline, la dopamine et la sérotonine qui fonctionnent au maximum.  Toutes les fonctions de mon cerveau qui activent normalement le plaisir, l’énergie, la motivation, la concentration sont  en panne. Comme le cerveau ne fait pas de différence entre les événements vécus et les événements imaginés, le mien est toujours en état d’alerte. Trop de tension : le court-circuit menace.

On se calme!

Ma vie n’est pas un spectacle où le public a droit de vie ou de mort par des critiques assassines. La vie se passe derrière le rideau, en coulisses. Y’a pas de spotlight sur nous constamment. Y’a que notre spotlight à nous. Notre lumière qui éclaire, soit notre bon profil, soit notre mauvais, selon ce qu’on choisit d’éclairer. Il faut que j’apprenne à tamiser cette lumière de temps en temps, pour une ambiance détente. Avant que le disjoncteur ne saute.

La cassette qu’on se joue dans notre tête, c’est nous qui l’avons enregistrée. Et j’essaie de me créer une nouvelle cassette avec des messages différents qui défileraient dans ma tête. Des messages positifs, calmants, optimistes. Genre : t’es belle, t’es fine, t’es capable. Pas facile quand ça fait 40 ans qu’on répète les mêmes routines, d’en changer tout d’un coup. Ce n’est pas tout à fait comme remplacer notre café du matin par un jus d’orange. Car les pensées viennent toutes seules, quelques fois inconsciemment. Il faut être alerte et présent en soi. Pas évident dans cette vie de fou où les stimuli extérieurs nous harcèlent constamment. Il faut que je prévoie des pauses où je me dis : bon, là, la grande, tu vas arrêter, prendre trois grandes inspirations et relaxer. Et il faut que je le fasse souvent parce que les vieilles pensées reviennent à la charge sans que je m’en rende compte. Je ne suis pas encore capable de me reprogrammer complètement. La preuve, je tentais de faire une relaxation ce matin. J’avais sur mon ordinateur l’image d’une plage avec le son des vagues et je relaxais en me visualisant sur cette plage, tranquille. Puis, tout à coup, un enfant se noie devant mes yeux, c’est le chaos, la panique, il disparait sous l’eau, juste à côté de me moi. Je le cherche frénétiquement… Voilà le genre d’imagination que j’ai en pleine relaxation! Cette fois, c’est raté, il faut le dire.

Pour toutes les instances où on a l’impression d’être inadéquat, incompétent, sans importance, on doit s’efforcer pour trouver des moments où on a été adéquat, compétent et important. Je dois faire cet exercice consciemment, comme on fait un devoir, parce que pour moi, ça ne vient pas tout seul. J’ouvre mon cahier et je fais des listes à chaque jour. Trouve 5 choses pour lesquelles tu as de la gratitude aujourd’hui, Sophie. Pas les mêmes qu’hier. Un appel d’une amie, un bon repas, une bonne lecture, n’importe quoi qui a été positif dans ta journée. Aussi petit soit cet événement. À force de devoir trouver des points positifs différents chaque jour, je commence à manquer d’idées. Alors quand je me lève le matin, je me dis que je vais devoir faire quelque chose de nouveau, pour ma liste. Et je me dis consciemment qu’aujourd’hui, je vais complimenter quelqu’un, appeler ma mère, écrire un mot gentil à une amie, me faire une manucure et trouver que j’ai de belles mains, des trucs du genre. Simple, mais efficace.  Je m’aperçois que plus je me concentre sur le positif, plus je le recherche. Tranquillement pas vite, je crée ma nouvelle cassette, avec de nouvelles paroles où les mots  peur, peine, tourments, inquiétude, abandon, soucis, sont remplacés par amour, plaisir, calme, sourire, bonheur, ami, détente, confiance. C’est cucu, mais ça fonctionne quand je prends le temps de m’y arrêter. J’espère qu’à force d’acharnement, je viendrai à bout de mon démon intérieur qui perdra de sa puissance pour se dégonfler, et que je finirai par m’endormir le soir comme un gros bébé repus , contenté et insouciant.

 

 

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7 commentaires

  1. coudon, Sophie, j’ai l’impression que c’est moi que tu as décrite dans ton texte. Et moi qui croyais être la seule à vivre, à survivre et à penser de cette façon!!! Je dis souvent « Heureux sont les creus », quand on ne se pose aucune question sur soi-même, autrui et encore moins sur le monde « d’ailleurs », y a pas de risque de se causer de stress, de maux de ventre, ou tout autre bobo. Des fois, je souhaterais avoir une conscience moins éveillée, car bien souvent, c’est épuisant!!! Et pour le changement de cassette, c’est ardue comme tâche. Je le sais, j’essaie aussi de changer la mienne. Et pour en rajouter, quand on commence notre ménopause, non seulement on a des changements d’humeur, des bouffées de chaleur mais aussi de l’insomnie, on devient super susceptible, des fois on voudrait tuer notre chum (j’exagère un peu, mais il nous tape sur les nerfs – pauvres hommes), je suis d’dans depuis près de 3 ans. Pu menstruée depuis près de 2ans et plus mais si je prends des hormones pour calmer mes maudites chaleurs, ça me fait menstruer. Pas facile !!! Mais tant que ma santé mentale et physique se maintiennent et que comparaée à ben du monde, je suis très équilibrée, ben coudon, je continue de vieillir. Merci pour ce texte et ces états d’âme partagés. xxx

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  2. Je vois trop bien.. Jusqu’au burnout il y a deux ans… Et maintenant même si dans ma tête c’est toujours aussi compliqué… Je « passe » sur beaucoup de choses et ça va beaucoup mieux!!!
    Sans parler en effet de la ménopause qui s’en mele!!!

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