LA FOIS OÙ J’AI ÉTÉ INTIMIDÉE, OU L’HISTOIRE D’UNE DOUCE REVANCHE


lutte

Tout le monde et son voisin semblent avoir été intimidés. Il est presque bon ton d’affirmer, aujourd’hui, avoir souffert d’intimidation étant plus jeune. Même Céline Dion raconte qu’elle a été intimidée à l’école (Et c’est vrai. J’ai une collègue qui fréquentait la même école qu’elle et qui se sent encore coupable aujourd’hui de s’être moquée de Céline à l’époque). Ce ne fut pas mon cas. Je n’ai eu que deux épisodes durant lesquels j’ai eu peur de quelqu’un qui me menaçait. Je ne peux donc pas  affirmer que j’ai été victime d’intimidation. Enfin, je pourrais, mais je charrierais un peu.

Je vous raconte. J’étais au primaire et j’étais bonne à l’école, Sonia (mon intimidatrice d’un jour) devait être moyenne. Nous n’avions pas beaucoup de cadeaux dans ce temps-là (les magasins à 1$ n’existaient pas vraiment), mais une bonne fois, l’enseignante avait étalé sur une table, des prix à gagner pour un combat de mathématique. (Vous savez, les combats où deux équipes se plaçaient en rangées et où on combattait notre opposant en devant donner la bonne réponse le plus rapidement possible? Lorsque qu’on gagnait, l’autre allait s’asseoir. On combattait jusqu’au dernier survivant. Un peu comme l’ancêtre des Hunger Games. Une activité que j’adorais mais qui a dû disparaitre parce qu’elle faisait trop de victimes.)

Alors Sonia reluquait les prix en salivant, et moi j’étais confiante de repartir avec la banque en forme de hibou, qui me faisait saliver aussi. Je connaissais mes multiplications et j’étais vite sur la gâchette. Ce matin-là, à la récréation, Sonia (bâtie comme une armoire à glace) est venue me voir pour me dire que si je gagnais un prix, j’allais devoir le lui donner après. Quelques menaces bien senties à mon endroit (j’étais quand même la plus petite de la classe, toujours la première dans les rangs de grandeur) ont suffi à me rendre très anxieuse. Inutile de vous dire que mon cerveau a été occupé à me demander quoi faire dans cette situation nouvelle pour moi. J’ai bien pensé faire exprès pour perdre, mais c’était plus fort que moi, j’aimais la compétition. Presqu’à mon corps défendant, j’ai alors remporté la première place. J’étais donc la première à choisir et mon hibou me faisait de l’œil. Je savais pourtant que j’allais devoir le donner à l’armoire à glace si je tenais un peu à garder ma face intacte. Plantée devant la table et ses offrandes, un éclair que j’oserais qualifier de génial m’a frappé. J’ai vu le disque 45 tours d’une chanson quétaine qu’on avait apprise un peu plus tôt et dont l’enseignante avait dû vouloir se débarrasser. Un triste objet que personne n’avait même remarqué. Et je l’ai choisi non sans lancer un dernier regard sur mon hibou que j’abandonnais, presque comme une mère abandonne son enfant à l’orphelinat. L’enseignante m’a regardée, très surprise et m’a demandé si j’étais bien certaine d’avoir fait le bon choix. J’ai dit oui (même si ma face devait exprimer tout le chagrin que j’avais). Et avec le motton, j’ai levé les yeux sur Sonia. Elle avait l’air déconfit.

L’armoire à glace est revenue me voir après la classe et m’a demandé pourquoi je n’avais pas choisi le hibou (enragée, bien sûr). Je lui ai répondu que la prochaine fois qu’elle voulait quelque chose, elle n’aurait qu’à le gagner par elle-même. Je lui ai tendu le piteux 45 tours d’un air totalement désintéressé comme si je garrochais une cenne noire dans une fontaine. Elle l’a refusé. Sonia ne m’a plus jamais taxée. J’ai gardé mon prix. J’avais eu ma douce-amère revanche.

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