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BOLDUC, COUILLARD, ET LES CITRONS DE L’ÉDUCATION

BOLDUC, COUILLARD, ET LES CITRONS DE L’ÉDUCATION.

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BOLDUC, COUILLARD, ET LES CITRONS DE L’ÉDUCATION

Le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, s’enfarge dans son jargon médical et ose affirmer que si les bibliothèques scolaires n’achètent pas de nouveaux livres, les élèves n’en mourront pas et ils pourront lire quand même. C’est vrai. On ne peut blâmer monsieur Bolduc de parler de vie ou de mort, lui qui vient du secteur de la santé où tout est question de vie ou de mort. On peut toutefois le corriger. Affirmer qu’avoir de nouveaux livres dans une bibliothèque, ce n’est pas important puisqu’on en a déjà, c’est ne pas connaitre le contenu de nos bibliothèques scolaires. On pourrait l’inviter à venir visiter une bibliothèque de petite école. Il verrait qu’elle est remplie de vieux livres, souvent donnés par des parents, souvent dépassés, souvent abimés. Et on pourrait lui rappeler que la lecture, c’est la base de la réussite scolaire. Et que les élèves qui réussissent, deviennent nos médecins de demain.

Le Premier Ministre Couillard affirme le contraire en disant que les livres, c’est important et que les Commissions scolaires peuvent choisir de couper où elles  veulent. C’est un peu le même discours, au fond. Car les commissions scolaires sont rendues là : couper dans les livres. Quand tout a déjà été coupé, le choix des coupes devient mince, voire même inexistant. Des services ont été abolis, des postes de retraités non remplacés, des subventions dédiées disparaissent. Le Premier Ministère peut bien se targuer de nous laisser couper où l’on veut (mais pas dans les livres, nécessairement). Ainsi, il n’a pas l’odieux de confirmer qu’il coupe dans ceci ou cela, puisque ce sont les gens sur le terrain qui font le sale boulot.

L’ironie, c’est que d’année en année, on nous demande d’ajouter des programmes, selon les sujets chauds du jour. Par exemple, il y a deux ans, on nous a ajouté la mise sur pied d’un programme de lutte contre la violence et l’intimidation. Les argents ont suivi. On a formé des comités, tenu des activités, rédigé des rapports, etc. Puis, les sous n’arrivent plus. Mais la beauté de la chose, c’est qu’on est encore tenus de faire vivre ces programmes. C’est comme si on te forçait à manger du poisson pour ta santé au lieu des beurrées de beurre d’arachide (en te fournissant le budget qui va avec ta nouvelle nutrition), et qu’une fois l’habitude prise, on te retirait les sous, mais on te forçait à continuer ta diète de riche.

Ce sont donc de nombreux programmes qu’on a mis sur pied, et qu’on n’a plus le moyen de financer, mais qu’on doit continuer faire vivre. On presse les citrons. Ce sont les humains qui travaillent sur le terrain qui écopent. Et les jeunes, bien sûr.

Monsieur Bolduc, comme médecin, j’imagine que vous avez eu accès aux livres les plus à jour pour apprendre votre métier. J’imagine que vous aviez accès aux dernières avancées et technologies. Pourquoi les futurs médecins qui ont 5, 6, 7 ans, ne devraient pas avoir les mêmes privilèges, aujourd’hui? Quand 2 médecins, qui ont eu droit à des formations de pointe pour atteindre le niveau requis d’expertise, se mettent à  nous dire que l’on peut faire des miracles avec rien, que tout est important mais qu’il faut couper dans l’essentiel, c’est comme s’ils disaient aux futurs médecin : c’est important de pratiquer une médecine de pointe, mais vous allez apprendre par une médecine de brousse.

Bien sûr, personne ne meurt des coupes en éducation. Et c’est ça le problème. Les effets des coupes ne se font pas sentir sur le champ. L’éducation c’est du long terme et ça n’a pas d’effets concrets directs comme soigner une infection. Mais les effets sont là et causent de nombreux problèmes de société. Si vous voulez un exemple avec lequel vous compatirez, vous, médecins, analysez les congés de maladie du personnel du monde de l’éducation : 98 millions de dollars. 98 millions de dollars envolés parce que qu’entre autres, le personnel est à bout de souffle et se ramasse dans vos hôpitaux.    C’est assez concret, ça? Quand près de la moitié des Commissions scolaires vous demandent l’autorisation de fournir un budget déficitaire, n’est-ce pas un message que du gras, il n’y en a plus depuis belle lurette? Dans quelque temps, les commissions seront tellement pauvres, qu’elles vous supplieront de se fusionner. Vous qui pensiez devoir forcer des fusions, vous aurez enfin accompli votre plan de match : fusionner les c.s. à leur propre demande. Des postes seront naturellement coupés et d’autres citrons pressés.

En effet, messieurs Bolduc et Couillard, personne ne meurt des coupures en Éducation, mais tout le monde en souffre. Un système d’Éducation malade, c’est une société malade.

LE COMPTE À REBOURS DE LA RENTRÉE

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S’il y a un moment significatif dans nos vies que nous avons tous en commun, c’est bien la rentrée scolaire. Qui n’a pas vécu cette période de fin d’été qui sonne la fin de la récréation et le retour en classe?

Les petits sont fébriles. Ils ont hâte de savoir qui seront leurs enseignants et de revoir leurs amis. Ils veulent des vêtements neufs et des crayons neufs pour repartir une nouvelle année en neuf!  Ils espèrent que tout ira bien. Peut-être commencent-ils à avoir mal au ventre et à moins bien s’endormir le soir.

Pour les parents, c’est aussi un retour à la normale et à la routine qui approche. Un peu de répit durant le jour, mais les lunchs à préparer, le matériel scolaire à acheter, les vêtements à repasser. Les enfants à calmer, à rassurer, à motiver.  Les devoirs le soir, le quotidien qui reprendra bientôt, mais avant, c’est la ruée vers les magasins.

Les directions travaillent déjà depuis quelques semaines pour s’assurer que tout sera prêt pour le jour J. Les horaires du personnel, le matériel commandé, l’école à nettoyer, les petits trucs à faire réparer. Les budgets à  planifier, les coupures à gérer, les formations à prévoir, les réunions à planifier.

Les secrétaires sont là depuis bien avant. Elles commandent le matériel, préparent les listes d’effets scolaires, les lettres à envoyer aux parents. Elles s’assurent que les dossiers d’élèves sont complets. Elles trient le matériel pédagogique qui arrive à la tonne.

Les enseignants commencent le 25 aout, mais coupent souvent court à leurs vacances, pour ranger leur classe, la décorer, préparer l’arrivée des élèves, revoir le programme et planifier leurs premières semaines de cours. Ils éplucheront les dossiers d’aide de leurs élèves pour savoir qui a un plan d’intervention, qui a besoin de services, et ce qu’on doit faire avec chacun d’eux pour leur assurer une réussite.

Le 25, se sera le brouhaha. Réunions, changements d’écoles, nouvelles inscriptions d’élèves à la dernière minute.  Ils auront trois jours pour tout préparer avant l’arrivée des élèves et des parents. Pas le temps de chômer.

Le personnel du service de garde commence aussi le 25 aout. C’est le temps de tout nettoyer, de ranger, de décorer. Le temps de planifier l’horaire des journées, de revoir les programmes éducatifs.

Le 25, les écoles seront  comme des fourmilières, où tout le monde court partout pour que tout soit fin prêt pour l’accueil des jeunes.  Les concierges sont en demande pour changer des meubles de place, nettoyer les fenêtres, faire le gazon qui a bien poussé durant l’été, enlever les toiles d’araignées qui se sont approprié les lieux.

Les enseignants font la file devant le bureau de la secrétaire. Il manque une clé, une brocheuse, une liste d’élèves. Les directions animent les réunions et voient aux réquisitions pour tout ce qui doit être réparé, posé, installé. Ils accueillent les nouveaux membres du personnel (techniciens, psychologues, psychoéducateurs) qui viendront d’apprendre où ils travailleront cette année.

Et quand sonne la cloche de la rentrée, les jeunes arrivent, tout beaux, et retrouvent leur école comme ils l’avaient laissée en juin. Sans savoir tout le travail que ça aura pris pour que tout semble comme avant. Tout le monde est fébrile. Un grand rassemblement dans la cour d’école, un discours de la direction, et les amis partent en classe, laissant leurs parents inquiets, quelque fois pressés de retourner à leur boulot ou quelques fois soulagés que les vacances finissent. Certains sont émus de voir leur petit entrer en maternelle, d’autres sont contents que leur pré-ado dégage un peu de la maison. Certains élèves ont mal au ventre, nerveux, d’autres sont excités et sautent partout. Quelques-uns se cachent dans les jupes de leur mère. D’autres sont déjà détachés, dans le fond de la cour, avec leurs amis. Il y a beaucoup de papas. Beaucoup plus qu’avant, ce qui est rassurant. Il y a aussi beaucoup d’enfants seuls, sans leurs parents ou grands-parents. C’est un peu triste pour eux. Mais on les repère vite, et on les accompagne et les dirige vers leur enseignant qui en prendront soin toute l’année.

Les enfants entrent en classe, les parents vont payer leur compte scolaire, certains seront heureux de l’enseignant qui prendra en charge leur enfant, d’autres viendront vite se plaindre à la direction qu’ils n’acceptent pas le classement de leur rejeton. Puis, tout le monde repart vaquer à ses occupations.

Et c’est parti! Une autre année commence, sous le thème des superhéros, des dinosaures, des espions ou autre.  Demain déjà, tout sera rentré dans l’ordre, revenu à la normale.

Mais pour l’instant, on vit dans la folie de la rentrée, et le compte à rebours est bien entamé!

Portraits d’Enfants: Claude, 13 ans

Schoolboy Struggling with Math Problems

Claude, comme Ruby, dont je vous ai déjà parlé, faisait partie de ma première cuvée d’élèves en tant qu’enseignante d’anglais au présecondaire. Claude était maigre, toujours affaissé sur son pupitre.  Son commentaire préféré : « c’est plate ». Rien ne semblait l’allumer. Été comme hiver, il portait les mêmes vêtements usés, t-shirt fade, souliers troués. Il incarnait la pauvreté. Sa mère était une droguée finie qui faisait le trottoir dans notre petite ville. Je l’avais déjà aperçue, faisant la tournée des bars. Pathétique.  Claude participait quand même bien quand je faisais des enseignements  à l’oral. Par contre, il finissait toujours par s’endormir. Un peu insultant pour une enseignante, mais je soupçonnais qu’il manquait de sommeil,  et de bien d’autres choses.

J’emmenais quelque fois des vêtements usagés que je destinais à cet élève. Pourtant, il était tellement orgueilleux qu’il ne les prenait pas. Tous les autres élèves de la classe en voulaient un morceau, et Claude, lui, ne faisait pas mine d’en avoir besoin.  Un bon jour, je lui ai apporté une paire de botte d’hiver et lui ai donnée en privé. Il était content. L’hiver était froid, et je n’en pouvais plus de le voir arriver à l’école avec ses petits souliers de toile troués. Le lundi suivant, Claude était de retour en classe avec ses souliers de toile. Quand je lui ai demandé où étaient ses bottes neuves, il m’a répondu que sa mère les avait gardées. J’étais enragée.

Un bon après-midi, j’ai demandé à Claude de venir au tableau. Il était pâle et chétif, comme d’habitude, mais cette fois-ci, il a refusé de se lever. J’ai insisté. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas. Je lui ai demandé pourquoi, il m’a dit qu’il ne pouvait  plus bouger. Bon,  quoi encore? Je n’ai pas embarqué pas dans son jeu et lui ai intimé un peu plus directement de se lever et de venir au tableau. Il m’a répété qu’il ne pouvait pas se lever, qu’il était comme paralysé. Je me suis aperçue  alors qu’il tremblait de tous ses membres. Je commençais à me rendre compte qu’il ne pouvait  peut-être pas bouger.  La cloche a sonné, les autres élèves ont  décampé en vitesse. Je suis restée avec Claude. Lui ai demandé s’il avait mangé aujourd’hui. Il m’a dit non. J’ai essayé de l’aider à se lever. Rien à faire. Il était en détresse et je vous avoue  que moi aussi. J’ai dû appeler une ambulance. La direction a communiqué avec sa mère. On a installé Claude dans une chaise roulante et j’ai attendu  l’ambulance avec lui. Quand sa mère est arrivée, pas un regard pour son fils. Elle s’est dirigée vers le directeur pour l’engueuler d’avoir appelé l’ambulance alors qu’elle n’avait pas d’argent pour payer. Pendant qu’elle crachait son venin sur le directeur, j’ai accompagné Claude vers l’ambulance et j’ai tenté de le rassurer comme je pouvais. Il est parti alors que sa mère criait encore. Quand je me suis retournée pour regarder sa folle de mère, j’ai vu qu’elle portait les bottes  que j’avais destinées à Claude.  J’ai presque eu l’envie d’aller les lui arracher des pieds.

J’ai su par la suite que Claude avait le scorbut! Une maladie causée par une grande carence en vitamine C, maladie qui avait disparu depuis près d’un siècle et qui touchait principalement les anciens marins qui voyageaient sans fruits sur les bateaux. Le scorbut peut mener à la mort.

Je n’en revenais pas.   J’ai compris pourquoi Claude s’endormait dans mes cours, et que j’aurais pu danser sur les tables, qu’il se serait endormi pareil. J’ai compris aussi que la négligence parentale était un acte criminel. Je venais de commencer à en voir de toutes les couleurs.

 

ADIEU MONSIEUR LE PROFESSEUR

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En cette fin d’année scolaire où tous les enfants sont fébriles et quittent pour les longues vacances d’été, j’ai envie de rendre hommage aux quelques enseignants que j’ai eu la chance de côtoyer tout au long de mon cheminement scolaire.

Je ne parlerai pas ici de madame Cordeau, qui m’avait mise dans le corridor en maternelle parce que je n’avais pas fermé les yeux durant la sieste de l’après-midi. Ni de monsieur Cournoyer, qui m’avait traitée de catin en secondaire un, la plus grande insulte qu’on pouvait me faire.

Non, je vais parler de Madame Nicole, qui était si belle et si gentille et qui m’a donné le goût d’apprendre, en première année, juste pour lui plaire.

Je vais parler de madame Lise, celle qui m’a dit qu’il fallait souffrir pour être belle en première secondaire. Madame Lise qui enseignait la catéchèse. Qui nous a raconté l’histoire d’Helen Keller, sourde, aveugle et muette. Madame Lise dont je buvais chaque parole. Celle qui m’a fait développer de l’empathie pour les autres.

Je vais vous parler de monsieur Joly, le meilleur enseignant de mathématique au monde, qui inventait des mises en situation en nous utilisant comme personnages de ses problèmes. Un pince sans rire qu’on adorait. Quelqu’un avec qui on avait du plaisir à apprendre. Il n’a pas fait de moi une amante des chiffres, mais il m’a fait comprendre que toute matière peut s’avérer intéressante dépendamment de qui l’enseigne.

Je vais vous parler de monsieur Joseph, mon enseignant de latin. Passionné jusqu’à la moelle de l’histoire des Grecs et Romains, et de la langue. Il nous captivait juste avec sa ferveur. J’ai pensé à lui quand je suis allée visiter Rome. Il me l’avait si bien décrite. C’était un vrai maître d’école. Droit, cultivé, compétent.

Je vais vous parler de madame Guévremont, une enseignante d’anglais avec qui on avait appris les chansons Stairway to Heaven et Billy Jean. Ses cours étaient trop cool. Une femme dont je me suis moi-même inspirée pour enseigner l’anglais, plus tard.

Je vais vous parler de monsieur Villiard, enseignant de géo qui nous décrivait ses voyages dans les Bahamas,  et avec qui j’ai d’ailleurs effectué un voyage en voilier, des années plus tard alors que j’étais devenue sa collègue de travail. Un périple sur le lac Champlain, avec mon ancien enseignant et de nouveaux collègues.  Il m’a transmis le gout de l’aventure.

Je vais vous parler d’une professeure de français, à l’université, dont j’oublie le nom, mais qui nous a appris à analyser la littérature enfantine, à développer notre jugement critique et à comprendre le deuxième degré d’un texte. Je me souviens qu’elle semblait assez âgée mais qu’elle portait des soutiens gorges noirs sous ses chemises blanches transparentes. Et toujours des talons très hauts. Une femme sûre d’elle. Une femme qui m’a donné le goût de faire de hautes études et de lui ressembler en quelque sorte. Goûts vestimentaires en moins.

Je me souviens aussi de ce qu’une autre enseignante, chargée de cours nous avait  dit un jour : peu importe ce qu’on vous enseigne, doutez, questionnez. Ne prenez rien pour acquis. C’est probablement la phrase la plus importante qu’on m’ait dite. Après s’être fait bourrer le crâne toutes ces années, à apprendre par cœur des trucs qu’on oubliait aussi vite l’examen passé, c’était rafraichissant de savoir qu’on avait la permission, le devoir même, de questionner.

Plus que le contenu des cours que j’ai suivis, c’est la personnalité de mes enseignants qui m’est restée le plus en mémoire. C’est la relation que j’ai eue avec eux. Le goût de les aimer ou pas. C’est pourquoi aujourd’hui, je dis à mes enseignants : peu importe la tâche, la matière, le plus important c’est de créer le lien avec vos élèves. De vous intéresser à eux, de livrer un peu de vous-même. S’ils vous aiment, ils voudront apprendre. Ils oublieront peut-être le contenu de vos cours, mais ils ne vous oublieront pas. Ils n’oublieront pas la fois où vous les avez consolés, la fois où vous les avez fait rire. La fois où vous les avez écoutés. La fois où vous leur avez fait un câlin. Le contact humain, c’est ce qui restera gravé dans leur mémoire.

Et quand je vois les élèves de sixième année de mon école quitter pour les vacances en pleurant à chaudes larmes, je sais qu’ils n’oublieront pas leurs enseignants et qu’ils en garderont de merveilleux souvenirs. Et quand ils chantent en chœur « Adieu monsieur le professeur », c’est avec les larmes dans la voix et une peine sincère.

Chapeaux aux enseignants et enseignantes, où que vous soyez. Vous faites un des métiers les plus importants au monde. On ne vous oubliera jamais.

Visionnez la vidéo de la Chanson d’Hugues Aufrey: Adieu Monsieur le Professeur.

Je vous invite à lire l’article, La Vérité sur les Enseignants, en lien avec ce texte.

Si vous avez gardé un bon souvenir d’un enseignant, partagez-le avec nous!

Une journée dans la vie d’une directrice d’école

Texte primé par le journal La Presse et publié le 18 juin 2006 dans Opinion des Lecteur

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Première journée de classe de l’année. Dans une petite école de 221 élèves, la journée commence en lion. 7h30 : j’arrive à mon bureau car je veux écrire tranquillement ce que je veux dire aux élèves lors du grand rassemblement au gymnase. J’ai traîné mon café et mon bagel Tim Horton, espérant pouvoir travailler tranquillement pendant quelques minutes avant que le personnel enseignant arrive et que l’action commence. J’ouvre mon ordinateur. Un papa entre alors à mon bureau. Il est désemparé, les yeux dans l’eau. Je l’accueille, sachant que je n’aurai plus le temps d’écrire mon texte. Sa femme de 49 ans se meurt d’un cancer. Son fils ne veut pas venir à l’école. Il a mal au cœur. Pourrais-je le changer de groupe car il connaît bien l’autre enseignante et se sentirait plus à l’aise? Je n’ai pas de place dans ce groupe. J’essaie de lui expliquer la règle administrative qui veut qu’on doive respecter les quotas d’élèves dans chaque groupe à cause de la convention collective. Au lieu de cela, je m’entends lui dire  que c’est déjà fait. Pas de problème, je vous arrange ça. Le monsieur ne se lève pas. Il a besoin de parler. Déboussolé. Ne sait pas quoi faire avec les tâches du quotidien. Il pleure toujours. Je lui conseille d’appeler au CLSC. Peut-être qu’on pourra l’aider. J’ai envie de pleurer avec lui mais je me fais rassurante.

 

Il part. 8h50. Je devais faire un exercice de respiration à l’intercom à 8h45 dans le cadre de notre programme de Brain Gym. Habituellement c’est l’éducatrice physique qui le fait mais je dois la remplacer. Je cours jusqu’au micro, haletante, je demande aux élèves de respirer lentement et calmement pendant que je tente de reprendre mon souffle. Fin du message. Les plus vieux élèves m’attendent au gymnase. Je n’ai pas eu le temps de préparer mon texte. J’improvise. Ça ne paraît pas, évidemment. J’ai l’habitude.

 

Sors du gymnase. L’enseignante de maternelle vient me chercher. J’arrive dans sa classe et la scène me déboussole un moment. Les élèves sont assis en cercle. L’accompagnatrice tente de calmer une enfant qui présente une déficience atypique (on ne sait pas trop encore ce que cela implique puisque le centre de réadaptation n’a pas encore communiqué avec nous). L’enfant, qui a l’âge mental d’un enfant de deux ans, est en crise. Pendant ce temps, l’autre enfant handicapé physique que la même éducatrice suit, est laissé à lui-même. L’enseignante ne peut faire grand chose. L’accompagnatrice devrait quitter la classe avec la petite qui hurle mais ne peut quitter le petit handicapé….C’est donc la responsable du Service de Garde (qui se trouve à être dans l’école) qui se charge de bercer la petite. Ouf, la crise est passée. Je m’engouffre dans mon bureau pour tenter de rejoindre le Centre de réadaptation. J’aimerais qu’on fixe une rencontre dans les plus brefs délais pour tenter de monter un plan d’intervention.

 

Je dois raccrocher avant même d’avoir terminé ma conversation car une enseignante me fait de grands signes : un petit de première année a disparu. Je pars à sa recherche. Il se cache. C’est apparemment ce qu’il a fait toute l’année dernière dans son autre école. Je le trouve avec une paire de ciseaux à la main, prêt à l’affrontement. Je prends une méthode détournée pour le faire venir à mon bureau en lui disant que je m’en vais l’y attendre et que je voudrais le voir d’ici deux minutes. Ça ne fonctionne pas, il fugue de nouveau. Me voilà à faire le tour de l’école à l’intérieur comme dehors. J’ai peur qu’il soit en danger. J’aurais besoin que la psychoéducatrice soit ici pour gérer ce problème mais nous sommes un mercredi et elle n’est ici que le lundi…Retourne dans mon bureau pour contacter le psychoéducateur qui était dans le dossier l’an passé et lui demander s’il n’ a pas un truc  à me donner. N’ai pas le temps de finir la conversation car mon concierge me fait de grands gestes. Il a retrouvé l’enfant. Je dois venir tout de suite. J’ai peur qu’il se soit blessé avec ses ciseaux. Il s’est embarré dans une cabine de toilette et donne des coups dans la porte et sur les murs. Je lui dis qu’il pourra sortir quand il le voudra. Le concierge et moi sortons de la salle de toilettes. J’éteins la lumière et  ferme la porte. J’attends à l’extérieur. Mon truc fonctionne, le petit sort. Nous devons lui enlever les ciseaux de force et le traîner dans mon bureau. Le concierge est en retard sur son horaire mais je lui demande quand même de rester près du jeune. L’épopée est terminée pour ce matin. Il est 11h00 et le petit rejoint sa mère d’accueil car sa vraie mère l’a abandonné. Son histoire me tort le cœur. Je n’ai pas touché à mes piles de travail ce matin. Pas plus qu’à mon bagel et mon café Tim Horton, froids. J’avale un milk shake protéiné et tente de retourner quelques appels.

 

Le cirque recommence dès 13h00. Mon petit fugueur fait maintenant une crise majeure dans la classe, devant ses petits camarades apeurés. Il est grimpé sur un bureau, crie et chante des chansons vulgaires. L’enseignante n’ose pas sortir de la classe et laisser les élèves à eux mêmes. C’est encore une fois la responsable du service de garde qui passait par là qui doit le maîtriser physiquement pour l’amener à sortir de la classe. On appelle la mère d’accueil pour qu’elle le ramène à la maison. Le problème, c’est que si elle quitte avec l’enfant, je me retrouve sans accompagnatrice dans la classe de maternelle car ELLE est l’accompagnatrice.

 

Je termine ma journée, exténuée. Je suis directrice d’une petite école mais la plupart du temps, je suis occupée à faire autre chose. Occupée à panser les plaies d’enfants maltraités et mal aimés, abandonnés ou négligés. Occupée à combler des services que nous n’avons pas les moyens de nous offrir. Je suis directrice d’une petite école de quartier au Québec.

 

SUR LES BANCS D’ÉCOLES

Je suis directrice d’école et j’ai enseigné pendant longtemps. Tout ce qui touche l’éducation me passionne. Vous trouverez ici des articles sur les recherches en éducation, sur les projets qui se font dans les écoles, les gens qui y travaillent, les psychologies de l’apprentissage.

Des textes comme

5 ASTUCES POUR FAIRE DE MEILLEURES PHOTOS

LA VÉRITÉ SUR LES ENSEIGNANTS

LES PARENTS ET LE MENSONGE

LA VÉRITÉ SUR LES MENSONGES

LA DIÈTE DU BONHEUR

ADIEU MONSIEUR LE PROFESSEUR

PORTRAITS D’ENFANTS

J’ai croisé des centaines d’enfants dans ma carrière d’enseignante et de directrice. Certains on passé en coup de vent, sans laisser de trace, mais d’autres m’ont marquée. Par leurs talents, leur personnalité, et certaines fois, par leur misère. Les enfants et les jeunes, en général, n’ont pas de voix pour dire leurs peines et leurs secrets. On prend des décisions pour eux, mais pas toujours dans leur meilleur intérêt.

Je vous présente, dans cette chronique, des portraits d’enfants et de jeunes pour leur donner une voix. Parce qu’ils sont importants et uniques.

voyez les portraits de :

Tom roux Rubypunk Nathan pot

 

Claude, 13 ans Schoolboy Struggling with Math Problems

Bonne lecture!

Sophie

PORTRAITS D’ENFANTS: RUBY, 14 ANS

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Ruby portait très mal son prénom. Un punk /skinhead de 14 ans, qui n’avait rien d’une pierre gemme chic. J’avais tout  juste fêté mes 21 ans et j’entamais  mon premier contrat  comme enseignante en anglais au présecondaire. Une classe d’environ 16 élèves qui n’avaient pas réussi leur primaire et n’avaient pas vraiment eu de cours d’anglais avant le mien.  J’avais décroché le contrat parce que le prof avant moi avait donné sa démission. Tout un contrat.

Ruby, donc, était un des élèves de cette classe.  La première phrase qu’il m’a lancée en entrant en classe au mois d’août : Salut Boucle d’Or! Ça commençait mal. Cet élève de 14 ans venait, en une seule phrase, de me faire sentir comme une petite fille devant lui. Moi qui voulais avoir l’air professionnel. Malgré ses 14 ans, Ruby passait ses fins de semaines à Montréal, sur la « main », à faire le squidgy avec d’autres skinheads. Il était arrivé à l’école le lundi avec son furet sur l’épaule. J’avais devant moi, un premier défi. Quoi dire à un élève qui a un furet sur l’épaule en classe? Où voulez-vous qu’il mette son furet?  Il était futé ce Ruby. Il se doutait certainement que les furets n’étaient pas acceptés dans les classes et devait se dire que je l’expulserais et qu’il pourrait flâner toute la journée. Mais c’étaient les premières minutes de mon premier contrat. Je n’étais pas pour expulser un élève à peine 5 minutes après la première cloche. Je dis donc à Ruby qu’il pouvait garder son furet pour cette période, mais que je ne voulais plus jamais le revoir après. Ruby sembla déçu de ma réaction ou de mon absence de réaction. Je crois que je venais de remporter la première manche.  Étonnamment, Ruby n’emmena plus jamais son furet en classe. Moi qui m’étais cassé la tête entre mon premier cours et le deuxième à me demander quoi faire s’il ramenait sa bestiole. J’avais même trouvé une petite cage que j’avais apportée à l’école et mise dans un dépôt, au cas où.  S’il la rapportait, je mettrais la bête dans une cage, dans le dépôt! J’ai vite compris que c’était comme ça, avec des élèves difficiles. Il fallait se tourner sur un 10 cents, développer des stratégies pour contrer les leurs.  Ils trouvaient toutes sortes de plans pour nous faire sortir de nos gonds et nous faire perdre le contrôle. Ça été mon premier défi : ne pas perdre le contrôle.

Inutile de vous dire que Ruby ne trippait pas sur l’école ni sur les cours d’anglais. Ruby avait vécu 20 vies, alors que j’étais jeune et inexpérimentée. Je ne faisais pas le poids devant son expérience. Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait vivre. Son univers était à 1000 km du mien. Pourtant, chaque fois qu’il entrait en classe, je lui posais des questions sur son weekend. Et il prenait plaisir à me traumatiser avec ses histoires de rues.  J’étais fascinée. Comment un jeune de 14 ans pouvait vivre ça? Je n’ai peut-être pas montré grand-chose à Ruby dans le domaine des langues, mais Ruby, lui m’a appris beaucoup sur mon métier d’enseignante. J’ai vite appris sur le tas, que ce n’est pas parce qu’on prépare de belles activités supposées motiver les élèves à apprendre, que ça fonctionne.  Par contre, si je donnais un peu d’attention à mon skinhead, il me permettait de donner mon cours sans m’embêter. On dirait qu’on avait un accord tacite. Je m’intéressais à lui, il me laissait enseigner.  Pourtant, mes petites activités sur Noël et l’Halloween, il s’en foutait-tu vous pensez?  Quand tu passes tes fins de semaines à coucher dans des piqueries, à quémander  de l’argent aux passants pour te droguer, les chansons de Nowel, c’est loin de tes champs d’intérêts.

Et intéresser mes élèves, c’était ma première mission. Ma seule, en fait puisque tout le reste dépendait de leur intérêt. Je me suis donc mise à inventer des textes où mon personnage s’appelait Ruby, (ou un nom d’un autre élève de la classe). J’ai mis en scène son personnage à Montréal. Je parlais de la rue Ste-Catherine. Et ça fonctionnait! Quand j’incorporais un élément dans mes activités, qui lui parlait, il était toute-ouïe.  Le reste du temps,  il nous observait, moi et le reste de la classe, comme si nous étions tous un peu attardés. Quand un élève avait un comportement inapproprié, il le remettait à sa place.  Ça lui clouait le bec. Et moi, j’étais très heureuse de ses interventions. Je n’aurais jamais pu dire à un élève de se la fermer, mais venant de lui, ça passait, et très clairement.

Bref, de Ruby, j’ai gardé un souvenir très net, et le surnom de Boucle d’Or qui m’a suivi un moment. Il doit avoir 35 ans aujourd’hui. J’ai de la difficulté à m’imaginer ce qu’il est devenu. Qui sait,  peut-être est-il bilingue?

La stakose, maladie du siècle?

stakose

Une mère m’a récemment informée que son fils souffrait de stakose. J’ai écarquillé les yeux, car je connais le TDAH, l’autisme, la dyspraxie, l’anxiété et autre désordres dont les enfants peuvent être affectés, mais la stakose, je ne connaissais pas. Elle m’a expliqué :

Lorsque questionné, son fils répond toujours, stakose que mon devoir était embarré dans ma case. Stakose que je n’avais pas mes espadrilles, stakose que mon ami a volé mon devoir. Vous voyez maintenant ce qu’est la stakose?

Finalement, la stakose est fréquente, et pas que chez les enfants. Ça s’appelle trouver des excuses, pointer du doigt un responsable autre que soi. Ça s’appelle aussi l’irresponsabilité. Et ça, c’est assez généralisé. Voici quelques symptômes  par lesquels la stakose se manifeste: 

Le gouvernement ne tient pas ses promesses, stakose du parti au pouvoir avant lui.

Les jeunes mangent du fast food, stakose que la bouffe de cafétéria n’est pas mangeable.

fast food

On ne cuisine plus pour nos enfants, qui mangent du fast food, stakose qu’on n’a pas le temps.

Nous ne faisons plus faire leurs devoirs aux enfants, stakose que c’est à l’école à le faire. Stakose qu’ils ont du sport le soir.

devoirs

Mon enfant échoue son année, stakose qu’il a un prof pourri qui n’aime pas mon enfant et qui s’acharne sur lui. L’année passée, tout allait bien.

profs

Mon enfant se fait intimider, stakose que l’école ne fait rien. C’est pas parce que je suis incapable de lui inculquer des habiletés sociales.

Mon enfant intimide, stakose qu’il s’est tellement fait écoeurer avant, que là c’est à son tour. C’est pas parce que je le bardasse à la maison et que je le traite de con.

bagarre

Plus personne ne ralentit aux feux jaunes, stakose qu’on est pressés. Notre temps est plus important que celui des autres.

feux circulation

On ne s’occupe plus de nos vieux, skakose qu’on n’a plus le temps. Y’a du monde payé pour ça.

les vieux

Les hommes n’ouvrent plus les portes aux dames, stakose du féminisme.

galanterie

Je suis grosse, stakose que ma glande thyroïde ne fonctionne pas. Stakose de Mc Donald qui ne m’a jamais dit que leur merde faisait engraisser.

gros

Les compagnies déménagent en chine, stakose de la mondialisation. C’est pas à cause que je vais magasiner au magasin à 1$ à toutes les semaines.

chine

On est corrompus, on donne des pots de vin, on en reçoit, on alloue des contrats à gros prix à nos « amis », stakose du système. C’est pas parce que ça fait mon affaire.

argent

On pollue même si les scientifiques s’entendent tous pour dire qu’on s’en va à notre perte, stakose que ce qui pollue engendre de l’argent et des jobs. On veut des jobs. Fuck les poissons, les forêts et tout le reste. J’vivrai pas assez vieux pour voir l’horreur qui nous attend. Et je veux continuer à surconsommer pour mon plaisir.

pollution

Oui, nous sommes réellement affectés de la stakose, à divers degrés. Mais apparemment que ça se soigne. Avec une bonne dose de conscience sociale et de sens des responsabilités. Par contre les stocks de conscience sociale et de responsabilités sont en baisse. Tout le monde ne pourra être vacciné.